Les jeunes africains veulent pouvoir faire carrière dans l’agriculture

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Nous devons nous assurer que les futurs agriculteurs africains développent aussi bien les cultures que leurs carrières, fait valoir Sylvia Ng’eno
 
D’ici 2050, l’Afrique subsaharienne abritera un tiers des jeunes du monde qui joueront un rôle clé dans l’alimentation des générations futures. Aucune région n’est, plus que l’Afrique subsaharienne, concernée par ce grand nombre de jeunes à l’avenir.
 
Cependant, le fait que les jeunes en Afrique subsaharienne considèrent souvent l’agriculture comme inefficace, rendant socialement immobile et sans intérêt technique a conduit à une situation où l’âge moyen des agriculteurs africains est de 60 ans, alors qu’il est de 19 ans dans la population générale.
 

Menace et solutions

La combinaison d’une génération d’agriculteurs vieillissante, de taux de chômage élevés chez les jeunes et d’une population en croissance rapide constitue une menace importante pour le secteur agricole africain et la sécurité alimentaire future. Alors que les agriculteurs vieillissent et que les jeunes s’éloignent à la recherche de possibilités d’emplois, qui restera pour nourrir le continent ? 

“Il est crucial d’impliquer davantage de jeunes dans l’agriculture, mais des changements majeurs dans la dynamique du pouvoir et des perceptions sont nécessaires”  Sylvia Ng’eno, Producers Direct

Il est crucial d’impliquer davantage de jeunes dans l’agriculture, mais des changements majeurs dans la dynamique du pouvoir et des perceptions sont nécessaires pour garantir que la prochaine génération d’Africains adopte l’agriculture. Pour attirer la prochaine génération d’agriculteurs africains, nous devons montrer comment l’agriculture peut être une entreprise rentable et enrichissante.
 
Et avec un accès limité au financement, aux marchés et à la terre, les jeunes doivent également bénéficier d’un soutien et d’investissements continus afin de surmonter ces obstacles.
 
Il est essentiel de les impliquer directement dans la chaîne d’approvisionnement agricole et de leur permettre de développer des compétences et des connaissances. Cette démarche est au centre de l’approche de notre entreprise à but non lucratif appelée Producers Direct.
 
Travaillant avec plus d’un million de petits exploitants au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, nous avons appris que pour intéresser les jeunes à l’agriculture, nous devons également leur fournir des opportunités d’accès aux fonds, à la formation et aux marchés.
 
Les jeunes petits exploitants représentant plus d’un cinquième de notre réseau dirigé par des agriculteurs, leur confier des rôles importants tout au long de la chaîne d’approvisionnement agricole et leur fournir une formation et un soutien continus leur a permis de développer des compétences en leadership et des connaissances vitales.
 
Par exemple, nous avons actuellement 10 jeunes coordinateurs, 29 jeunes agents et 118 jeunes leaders qui fournissent des services essentiels aux petits exploitants. Ces services vont de l’appui pour les outils numériques et pour les liens avec le marché jusqu’à l’aide à la diversification des cultures dans les champs afin que les agriculteurs puissent se lancer dans la production et la vente de nouvelles cultures.
 
Les jeunes agriculteurs regroupent ces produits et les vendent sur les marchés, gagnant une commission pour leur travail et permettant aux petits producteurs de réaliser du profit.
 

Initiative axée sur les jeunes

Depuis janvier 2019, plus de 3000 agriculteurs et jeunes petits exploitants ont été formés à travers ce modèle pionnier. Cinq forums de jeunes ont eu lieu jusqu’à présent à travers l’Afrique de l’Est, réunissant des jeunes membres pour le mentorat et le partage de connaissances entre pairs. 

“Nous devons continuer à ouvrir des opportunités lucratives qui permettent aux jeunes d’adopter des outils innovants et de remodeler les perspectives”        Sylvia Ng’eno, Producers Direct

Le développement et le déploiement de services de support numérique sont également au cœur de cette initiative d’engagement des jeunes, par exemple avec FarmDirect. Cette application de service fournit aux agriculteurs des informations en temps réel grâce à des graphiques faciles à comprendre, leur permettant d’accéder au marché, de prendre de meilleures décisions commerciales et d’améliorer le rendement et la qualité des cultures.
 
Les jeunes coordinateurs et agents ont été activement impliqués dans la mise à l’essai et l’utilisation continues de l’application depuis le début. A savoir la collecte de données sur du papier auprès des agriculteurs et leur numérisation dans la base de données centrale. Certains jeunes membres ont également participé au processus de co-conception, contribuant ainsi à répondre aux besoins des agriculteurs locaux à mesure que l’application est étendue à de nouveaux groupes d’utilisateurs.
 

Avantages de l’initiative

En faisant appel aux forces techniques et aux ambitions économiques des jeunes, cette modernisation leur permet de développer les connaissances agricoles locales, d’apprendre des agriculteurs plus âgés et, finalement, de garantir la transmission de leur héritage à la prochaine génération. De plus, en généralisant l’utilisation de ces outils numériques, cela profite également aux petits exploitants plus âgés, leur offrant des opportunités d’accéder à de nouvelles formes de financement et à des marchés fiables pour leurs produits.
 
Ainsi, alors que l’idée que les jeunes sont l’avenir de la sécurité alimentaire n’est pas nouvelle, pour que les jeunes fassent avancer le secteur agricole, nous devons continuer à y investir. La technologie à elle seule ne suffit pas à engager les futurs agriculteurs, mais le potentiel qu’elle offre aux jeunes pour financer, créer et développer des entreprises agroalimentaires ne doit pas être sous-estimé.

La voie à suivre

Nous devons continuer à ouvrir des opportunités lucratives qui donnent aux jeunes les moyens d’adopter des outils innovants, de remodeler les perspectives et à leur confier des rôles de leadership pour qu’ils s’ouvrent de nouvelles pistes pour entreprendre et faire avancer le secteur agricole.
 
Ce n’est qu’en ce moment-là que la population de jeunes en croissance rapide en Afrique pourra construire pour elle-même un avenir agricole plus fructueux.

Par:   Sylvia Ng’eno, Responsable des programmes chez Producers Direct

 

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