Kaback : les domaines cultivables disparaissent sous l’eau de mer

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Jadis qualifiée de grenier de la préfecture de Forécariah à cause de sa production de denrées alimentaires, la sous-préfecture de Kaback est en passe de perdre son immense potentialité agricole. La montée en puissance de l’eau de mer sur les terres cultivables est la seule raison véritable qui explique cette triste réalité. Reportage exclusif.

Le riz, le maïs, le gombo, la tomate, la banane, la noix de coco, et la pastèque. La liste des produits cultivés à Kaback est longue. Sur cette île de 116,2 km² pour 28 105 habitants, l’agriculture et la pêche sont les principales activités économiques. Des activités aujourd’hui menacées par les inondations des domaines agricoles.

Madame Yarie Sylla, Présidente du groupement “Fanyi-fan”, domiciliée à Kaback-Bossimiyah, que nous avons rencontrée au cours de notre reportage évoque  la perte des domaines cultivables subie par son groupement, avec beaucoup d’amertume. “Notre groupement à plus de 10 ans d’existence. Nous pratiquons  tous l’agriculture. Nous n’avons plus de place pour mener à bien cette activité et les groupements sont obligés d’arrêter leurs activités, faute de domaine cultivable”.

Selon la présidente de ce groupement qui compte 25 adhérents, l’eau de mer a envahi les terrains cultivables.

“La digue qui servait de barrage entre l’eau de mer et les domaines cultivables a cédé et rien n’empêche à présent l’eau de monter”, explique-t-elle.

Face au phénomène de la montée des eaux marines, les habitants ont régulièrement fait appel au gouvernement. Sans suite favorable.

“Nous voulons travailler mais il n’y a aucune possibilité. Avant on pouvait gagner des millions de francs guinéens après chaque récolte. Chaque famille vivait heureuse. Sur ces domaines, on pouvait produire successivement du riz, de la tomate, du gombo, du piment et de la pastèque en une année”, se rappelle Yarie Sylla.

A Kaback, les habitants croient dur comme fer que l’époque de la forte production agricole permettait à leur localité d’être un des greniers du pays. Une période d’abondance qui risque d’être un lointain souvenir.

“Sur les douze mois de l’année, nous ne travaillions que la terre. Toutes nos productions étaient drainées vers Conakry et d’autres marchés des villes de l’intérieur”, explique l’agriculteur Amara Soumah. “Les femmes venaient de partout pour acheter nos produits agricoles. Les autorités doivent comprendre que si Kaback  ne produit pas, cela se répercute sur tout le pays”, insiste Soumah.

Djibril Camara, lui, est secrétaire de l’Union Bossimia. Une association qui regroupe une douze groupements agricoles. Il tire la sonnette d’alarme sur la rareté des terres cultivables dans la zone. “Avant les inondations, chaque groupement apportait 50 à  60 sacs de riz après la récolte. Nous vendions une partie pour financer à nouveau nos travaux et satisfaire d’autres besoins. On gagnait beaucoup d’argent. Mais depuis que la digue de protection est disparu, c’est la crise”, se désole le responsable.

“L’union traîne les pas et nous ne pouvons plus atteindre nos objectifs comme par le passé. Nous sollicitons la réparation de la digue pour nous permettre de retourner dans nos champs”, ajoute-t-il.

Diplômé sans emploi, Fodé Soumah pose aussi un constat très amer. Pour cet habitant de Tounguiron, un des district de Kaback, le refus des autorités de leur venir en aide serait  la cause de leur malheur.

“Je me rappelle de nos congés et vacances à l’époque. Il y avait assez de productions en ce moment. Aujourd’hui l’eau a arrêté tout. La pêche venait au second plan après l’agriculture. Mais aujourd’hui tous les jeunes se sont lancés dans la pêche pour au moins subvenir à certains besoins vitaux des familles”, dit-il. “Certains ont opté pour les taxi-motos. C’est le refus de l’Etat de nous venir en aide qui est à la base du malheur des habitants de Kaback”, accuse-t-il.

Kaback en passe de disparaître 

Seydouba Soumah,  Premier conseiller communal de la CRD de Kaback revient sur la genèse de ce problème de digue qui inquiète les populations de cette île. Il reconnaît que le temps ont changé. Kaback ne produit plus de denrées agricoles comme par le passé, bien que la localité soit désenclavée par des infrastructures routières en très bon état. “Ce changement a commencé il y a 9 ans. Le nombre de domaines cultivables inondés par la mer dépasse de nos jours 5 000 hectares. Ce qui se passe maintenant c’est que l’eau commence à attaquer les lieux d’habitations”, regrette le notable.

Face à la montée des eaux, l’Etat a effectué des tentatives de sauvetage. Il y a quelques années, le président Alpha Condé a dépêché une équipe de Chinois évaluer l’état de la digue et proposer un plan de réparation. Des travaux ont été réalisés par les partenaires chinois. Sans succès. Les trous creusés par ces derniers sont même devenus des canaux de pénétration pour l’eau de mer.  Conséquences, les habitants estiment à cinq ans, le temps qui reste pour que la sous-préfecture de Kaback soit engloutie sous la mer. Si rien n’est fait.

Ousmane Sylla emergencegn

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